Jeudi 5 mars 2009
Désormais, le blog est présenté de façon chronologique, les derniers chapitres se trouvent donc à la fin. Cliquez sur le lien ci-dessous pour aller directement au dernier chapitre en date ou aidez-vous du menu de navigation sur votre droite !

/!\ Dernier chapitre en date : chapitre 9, paru le 20/06/2009 ! /!\

Bienvenue à tous ! Pour une petite présentation de ce qu'est Rakuen, je vous invite à lire l'encart en haut sur votre droite. Vous pourrez également y télécharger gratuitement le premier volume. Voici le quatrième de couverture du premier tome, l'Orbe d'Harmonie :

Mourir, ou accepter une proposition d'inconnus surgis de nulle part ?

C'est le dilemne auquel se retrouve confronté Samuel, un lycéen comme les autres, après qu'un homme aux pouvoirs surnaturels l'ait laissé pour mort. Il décide de tenter le tout pour le tout, et se retrouve transformé en ange, contraint de travailler pour une mystérieuse organisation nommée le "Chorus d'Avalon".

Entre sa vie de lycéen et ses pouvoirs surnaturels, Samuel connaîtra bien des déboires. D'autant que ses capacités semblent attirer les convoitises ...


Le volume 2, baptisé Entropie, sera publié sur ce blog au rythme d'un chapitre par semaine ou au plus toutes les deux semaines, le samedi. Vous trouverez également des informations générales sur Rakuen, des illustrations et autres, alors n'hésitez pas à passer régulièrement !
Par Kurosagi - Publié dans : Rakuen
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Vendredi 6 mars 2009
ATTENTION ! Ce post est un récapitulatif non-exhaustif de la situation à la fin du premier volume. Si vous ne voulez rien rater, je vous recommande bien sûr de lire le tome 1. Si vous comptez le lire, arrêtez-vous ici pour cet article puisque la suite révèle des éléments qui pourraient vous gâcher la surprise !


Jade, s'étant révélée être Kimiko, demande de l'aide à Samuel pour aller chercher Kaos disparu en mission au Pandemonium. Ce dernier accepte et tous deux partent clandestinement, car quelqu'un tire des ficelles au Chorus pour ralentir l'envoi d'une mission de sauvetage officielle. Arrivés sur place, les deux Sentinelles constatent que le groupe de Kaos a été attaqué par une organisation appelée l'Ombre. Samuel et Jade sont capturés et enfermés dans une forteresse de sable, où ils retrouvent Kaos encore en vie. Le groupe découvre très vite que la Confrérie Écarlate, une autre organisation d'oni, est impliquée. Shu et Orion ont collaboré avec l'Ombre dans le but de récupérer Samuel, laissant l'Orbe d'Harmonie aux mains d'Oddua, le chef de l'Ombre. Ce dernier souhaite s'en servir pour ouvrir un passage vers le monde des morts en sacrifiant les autres anges du groupe.

La cérémonie est interrompue par Maou, un Ange de la Mort, qui massacre tous les Oni mais ne parvient pas à empêcher la fuite d'Oddua avec l'Orbe d'Harmonie. Samuel apprend alors que Kaos est son frère et que son père est lié au Chorus. Après s'être enfui du Sablier et avoir échappé au Vent Sombre, le groupe est quitté par Kaos qui décide de mener sa propre enquête sur le mystère autour de la mort de sa mère, la naissance de Samuel et sa théorie d'un complot au Chorus. Plusieurs Séraphins viennent récupérer le reste du groupe, dont Véga qui semble être liée à un homme du Pandemonium nommé Hikoboshi ayant aidé Samuel et Jade, ainsi que Solitas, un Séraphin froid au visage masqué.

Depuis son retour sur Terre, Samuel est obnubilé sans en comprendre la raison par Rakuen, un monde évoqué par Oddua comme étant le Paradis ultime. Les vraies réponses seraient-elles là-bas ?
Par Kurosagi - Publié dans : Rakuen
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Samedi 7 mars 2009
L'entropie mesure le degré de désordre d'un système. Plus l'entropie du système est élevée, moins ses éléments sont ordonnés, liés entre eux, et plus grande est la part de l'énergie gaspillée de façon incohérente.


Le ciel de Paris était au beau fixe en cette fin d'après-midi estivale, et bien que le soleil ne tapait pas sur les deux murs vitrés, la lumière du jour illuminait agréablement l'endroit. Samuel fit quelques pas dans l'appartement de 90 mètres carrés, répartis en une seule pièce principale et trois petites pièces annexes. L'archange se baissa pour caresser la tête du chat noir, qui avait par ailleurs bien grossi ces derniers mois, et ouvrit un sac en toile contenant les bagages du félin. Il posa la gamelle par terre, la remplit de croquettes, et s'approcha de la baie vitrée qui offrait une vue imprenable sur la Seine et les rues de la capitale.

- C'est agréable comme endroit, je sens qu'on va s'y plaire.

Il scruta quelques instants encore le fleuve et la rue qui serpentaient six étages plus bas, avant de tourner la tête vers le chat. Il ne répondrait pas bien sûr. Ce n'était qu'un chat. Samuel savait que Jade l'avait choisi parce qu'il ressemblait à Scylla, l'oujineko mort deux ans et demi plus tôt en sauvant la vie de Samuel et plusieurs de ses compagnons. Ses sarcasmes et ses remarques perpétuelles lui manquaient bien plus qu'il ne l'aurait cru, et il n'avait pas perdu espoir de le venger. Quoi qu'il en fut, Samuel aimait bien son animal de compagnie, même s'il n'avait pas pris la peine de lui donner un nom. Le chaton avait désormais bien grandi, et n'avait plus grand chose à voir avec la petite et frêle créature que Jade lui avait offerte, il y avait déjà un an de cela, juste avant son départ pour Oslo. Samuel slaloma entre les cartons et les piliers qui soutenaient le plafond, faisant légèrement grincer le plancher sous ses pas. L'appartement tenait plus du loft que de l'habitation classique, et cela lui convenait. La location était gracieusement payée par le Chorus d'Avalon, il n'y avait pas de raison de s'en priver. Samuel ouvrit le robinet d'eau froide de l'évier, y plongea ses mains et projeta l'eau sur son visage pour se rafraîchir. Avec 30 degrés à l'ombre, ce mois d'août tenait toutes ses promesses. Un bruit s'éleva de derrière la porte, puis la serrure cliqueta et elle s'ouvrit, laissant apparaître une chevelure flamboyante qui voltigeait au rythme des soubresauts de sa propriétaire. Tara referma la porte en la claquant avec désinvolture, et posa ses yeux bleu-gris sur Samuel. Elle abandonna son sac à main sur un des cartons et fit quelques pas dans sa robe d'été bleu pétrole. L'appellation lui arrachait systématiquement un sourire narquois, il ignorait d'où venait ce besoin impérieux des femmes à donner des noms à des variantes de couleurs qui n'existaient que dans leur imagination. Un mystère de plus à éclaircir dans ce monde rempli d'énigmes.

- Hello, je suis rentrée ! Le déménagement s'est bien passé ? J'étais partie faire un peu de repérage dans le quartier. Paris is so marvellous !

Samuel sourit pour de bon cette fois. Tara se débrouillait vraiment bien en français, même si des réflexes naturels la faisaient parfois s'exprimer dans sa langue natale d'une façon un peu clichée. A partir de cette année, elle quittait donc sa petite ville de Blackwood, située à une quarantaine de kilomètres de Dublin, pour s'installer à Paris. Tout comme pour Amagny, la ville d'origine de Samuel en région parisienne, la perturbation énergétique, plus familièrement appelée « anomalie » de Blackwood serait prise en charge par un ange ou archange débutant. Ces deux anomalies débouchaient sur des zones certes sauvages, mais peu dangereuses du Pandemonium. A l'exception d'enyps une quinzaine de fois par an et, en de rares occasions, de quelques créatures un peu plus intelligentes et féroces, ces sites n'étaient pas considérés comme des lieux prioritaires. A l'inverse, Paris comptait plus d'une dizaine d'anomalies à elle seule, et les créatures qui en sortaient représentaient un risque réel pour l'ordre public. Samuel et Tara n'étaient pas seuls dans la zone, des Sentinelles d'une autre unité que la leur résidaient sur place, ainsi que la Principauté qui la commandait. Samuel et Tara n'avaient pas encore eu l'occasion de faire leur connaissance, mais ils y viendraient tôt ou tard.

- Profite-bien de pouvoir faire la touriste, ça ne durera pas longtemps. Avec tes études et le travail de Sentinelle, tu devrais te dépêcher d'aller voir la Tour Eiffel ...
- Ne sois pas aussi pessimiste ! C'est incroyable ce que tu as changé, avant tu ne prenais pas vraiment ce travail au sérieux, non ?
- Peut-être bien. Disons que maintenant, j'ai des raisons de m'impliquer.
- C'est à cause de ta famille ?

Samuel se contenta de hausser les épaules. Il avait déjà dit plusieurs fois à Tara et à d'autres qu'il ne souhaitait pas avoir cette conversation. Son frère était officiellement mort dans le Désert des Illusions, même si Samuel et une poignée d'autres anges dont Tara savaient que ce n'était pas le cas. Mais il n'avait eu aucune nouvelle en trois ans de sa part, alors il aurait pu tout aussi bien être mort pour de bon. Quant à son père, cela avait été un véritable choc d'apprendre qu'il faisait en réalité partie du Chorus. Il avait fini par partir de la maison avec une simple note explicative apprenant à Samuel qu'il devait désormais rester à Avalon de façon permanente, et cela faisait plus d'un an que l'ange ne l'avait plus revu. Les factures continuaient d'être payées, les papiers remplis, mais la maison était vide.

- Et si on allait manger au restaurant ce soir ?
- Je ne sais pas, j'ai encore beaucoup de choses à faire. Repérer les anomalies, ranger les affaires, passer quelques coups de fil ...
- Tu auras tout le temps de faire ça plus tard, darling !

Samuel s'étira tout en jetant un nouveau coup d'oeil à l'extérieur. Tara avait raison, il aurait l'occasion de s'en occuper plus tard, mais l'excitation de vivre ici désormais lui procurait une étrange motivation. Il était resté sur la touche pendant deux ans et demi, pratiquement tenu à l'écart des affaires du Chorus qui l'intéressaient : les Sephiroth, Shu, la Confrérie Écarlate, les enquêtes internes et les missions au Pandemonium principalement. Mais à présent qu'il était ici, il avait le pressentiment que les choses allaient bouger à nouveau.

- Italien ou chinois ?

Un sourire éclatant sur le visage, la tête légèrement inclinée, Tara sollicitait Samuel avec un regard qui aurait remisé le Chat Botté au même rang que Hannibal Lecter. Samuel se demanda fugacement si Tara tenait vraiment plus de l'ange que du démon, avant de refuser d'un signe de tête. Le sourire de Tara faiblit un court instant, mais revint si vite que l'hésitation était restée invisible aux yeux de Samuel.

- Tant pis, j'irai toute seule ! Je vais prendre une douche.

L'archange marmonna quelque chose pour montrer qu'il avait entendu, puis jeta un coup d'oeil sur sa montre. Le cadran noir et argent indiquait 6 heures de l'après-midi. Samuel passa distraitement son pouce sur le verre de protection, cet objet avait été le dernier cadeau que lui avait fait son père. Sans qu'il ne comprenne pourquoi, il songea un bref instant à ce qu'aurait été sa vie s'il n'avait pas été attaqué par Orion ce fameux soir. Ce n'était pas la première fois qu'il y pensait, mais au fond ce n'était pas le coeur du problème. Il prenait cette histoire dans le mauvais sens. Toute sa vie jusqu'à ce jour précis où il était devenu Sentinelle n'avait été qu'illusion, mais il n'avait fait qu'écarter un voile. La vérité était cachée derrière plus d'un rideau, mais il était déterminé à parvenir jusqu'à elle, il avait déjà trop payé pour abandonner le coup maintenant.
Par Kurosagi - Publié dans : Entropie : les chapitres
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Samedi 14 mars 2009
Samuel mordit dans son muffin double chocolat sans vraiment prêter attention à son goût. Le Starbucks était plein à craquer à cette heure de l'après-midi, et les frappucinos se vendaient à la chaîne à cause de la chaleur étouffante qui s'était installée depuis le début du mois. Le travail de Samuel était différent ici de qu'il avait été à Amagny. Dans la capitale, les menaces prenaient des formes bien plus subtiles et sournoises. L'archange était cette fois-ci chargé de surveiller un étudiant en histoire de l'art nommé David Caprini. La vingtaine, look décontracté avec jean troué, Converses et tee-shirt Nirvana, David était penché sur l'écran de son Powerbook deux tables plus loin. Samuel n'avait pas pris la peine de se renseigner plus en avant sur lui, car il n'était pas le danger mais la victime potentielle. D'après ce que Samuel pouvait voir par l'intermédiaire de sa vision éthérée, le garçon était infecté par une entité néfaste, autrement dit un parasite. Concrètement, cela se traduisait par un lien noir semblable à des ronces qui lui entourait le cou. Ce genre de choses arrivait plus fréquemment qu'on le pensait. Le plus souvent, l'apparition du parasite était causée par une séance de spiritisme pour occuper une fin de soirée DVD entre amis. Le phénomène touchait plutôt les collégiens et lycéens, mais même des personnes plus âgées commettaient ce genre d'inconscience pour des raisons diverses. Samuel plissa légèrement les yeux. Le lien restait parfaitement immobile, l'ange avait donc encore un peu de temps devant lui pour agir. Disons deux jours avant que les premières complications ne surviennent. Mais il fallait engager la conversation au plus tôt afin d'éviter de devoir recourir aux solutions extrêmes.

David Caprini sirota la dernière gorgée de son thé glacé au citron, plia son ordinateur qu'il rangea dans sa sacoche, et se leva pour quitter le Starbucks. Après une courte hésitation, Samuel se leva à son tour sans oublier de prendre son muffin, et lui emboîta le pas à une bonne quinzaine de mètres de distance. Le forum des Halles de Châtelet n'était pas l'endroit idéal pour une filature, d'autant que l'objet de cette filature ne mesurait qu'un mètre soixante-quinze. Ce n'était pas petit au sens strict du terme, mais ça n'aidait clairement pas. L'archange pensait même l'avoir perdu de vue, lorsqu'il l'aperçut à nouveau en haut des escalators, entre le cinéma et la piscine. Samuel pressa le pas, afin de ne pas le manquer tandis qu'il arrivait sur le parvis de l'église Saint-Eustache. Sous un soleil brûlant et un ciel d'un bleu aveuglant, de nombreux parisiens et touristes se prélassaient dans l'herbe au bord des bassins. Deux fillettes s'amusaient à grimper sur une statue hideuse représentant une tête géante et une main, sous le regard amusé mais légèrement inquiet de leurs parents. Quelques chiens se courraient après, surveillés du coin de l'oeil par leurs maîtres dans le cas où les jeux tourneraient au pugilat canin. Samuel tourna les yeux vers l'allée piétonne et ombragée, bordée d'arbres et de bassins par laquelle David poursuivait sa route. Il traversa sans un regard autour de lui le parvis, et continua sur la place des Innocents qui, comme son homologue rouge, était noire de monde. Les jeunes au style hip-hop et des groupes de filles en mini-jupes ou mini-shorts étaient légion, des gobelets Mac Donald et des sacs Claire's à la main. Le vacarme des conversations, des cris et des éclats de rire qui fusaient de la foule faisait mal à la tête. Samuel continuait de se focaliser sur sa cible, tout en tentant de se frayer un chemin dans la foule. C'était de pire en pire, l'étudiant se dirigeait vers le centre Pompidou, où il deviendrait impossible de le pister. L'ange n'avait tout simplement plus assez de monnaie pour pouvoir payer l'entrée. Coup de chance, un magicien ambulant attirait la foule devant l'immense place du centre. L'homme était typé antillais et vêtu comme un play-boy, costume blanc décontracté et lunettes ray-ban. Il ponctuait ses explications de traits d'humour qui déclenchaient de nombreux rires dans l'assemblée, bien que son matériel ne semblait marcher qu'à moitié. David s'était arrêté pour regarder : c'était l'occasion d'engager la conversation.

- C'est sympa ce qu'il fait, ça doit demander du boulot !

Il ne s'adressait pas à sa cible en particulier, mais celle-ci hocha tout de même la tête tout en restant concentré sur le spectacle. Il devait avoir envie de comprendre le truc derrière la disparition mystérieuse du pigeon que le magicien tenait encore quelques instants plus tôt. Samuel soupira, il aurait l'air forcément louche s'il continuait d'essayer de parler ainsi à un parfait inconnu. Il n'était pas spécialement timide, mais ses capacités sociales avaient des limites. Il ne pouvait pas non plus user de la force sur le parasite dans un lieu aussi exposé. Samuel posa machinalement la main sur son téléphone portable, à travers la poche de son pantalon. Il ne pouvait appeler Tara qui était retournée quelques jours chez ses parents. Et c'était hors de question de réclamer du renfort au Chorus pour un simple parasite auquel il restait plusieurs jours de gestation avant d'atteindre la maturité. Depuis qu'il était devenu Sentinelle, Samuel n'avait eu à s'occuper que trois fois de parasites. Les trois fois s'étaient terminées sans accroc, il avait réussi à endormir la cible et à ôter le lien sans le moindre problème. Cependant, personne ne lui avait expliqué clairement ce qu'il advenait quand les parasites atteignaient leur stade final. Tout ce que l'archange savait, c'est qu'il ne faisait pas bon être dans les parages lorsque cela arrivait.

Caprini s'arracha à la fascination du spectacle de magie et se remit en route. Samuel lui donna quinze secondes d'avance avant de recommencer à le suivre. Il eut un instant peur que l'étudiant ne s'engouffre dans la bouche de métro, mais celui-ci n'en fit rien et continua. Il passait à présent par de petites rues plus étroites. Samuel se sentait légèrement mal à l'aise. On était fin août, plus que deux ou trois semaines avant la rentrée universitaire, et quelques jours avant le retour de la plupart des employés et de la rentrée scolaire. L'été touchait à sa fin, et la moiteur de Paris rendait Samuel nerveux, au même titre que ces ruelles désertes au beau milieu d'une capitale pourtant grouillante de touristes.

- Ah !

Samuel s'arrêta. David Caprini venait de s'immobiliser au milieu de la rue, les mains autour du cou, comme s'il était étouffé par quelque chose dont il tentait de se débarrasser. Bien sûr, c'était le cas, mais il ne pouvait le voir. Alors pourquoi, alors qu'il restait encore au moins 48 heures, le parasite se manifestait-il aussi brusquement ? Samuel serra les dents, comprenant soudain ce qu'il se passait : le parasite venait d'entrer en développement accéléré. C'était une particularité d'à peu près toutes les catégories de parasites du Pandemonium. Cependant il n'y avait qu'une chance sur cent que cela se produise, le développement accéléré réclamait une certaine compatibilité entre l'organisme de l'hôte et celui du parasite. Pourquoi fallait-il que ça lui arrive à lui et dans un moment pareil ? Il ne s'était absolument pas préparé à cette éventualité et ignorait ce qu'il devait faire. Poussé par l'instinct, Samuel s'élança vers Caprini qui commençait à suffoquer et à devenir de plus en plus pâle. Il tenta de tirer sur le lien pour le briser, mais le parasite grossissait un peu plus à chaque seconde, et des épines apparaissaient sur tout son long pour venir se loger dans la gorge de Caprini.

- Meeeerde !

Samuel regarda autour de lui d'un air désespéré. Déjà, l'étudiant était secoué de convulsions, son visage se déformait, et son apparence changeait brutalement, comme si quelque chose à l'intérieur de lui allait s'extirper de son corps. Samuel était dépassé, ne sachant que faire pour sauver David Caprini, et ignorant même si c'était encore possible. Un monstre allait sortir du corps de cette personne d'un instant à l'autre, et il faudrait que Samuel le combatte. Alors qu'il se préparait à cette éventualité en suant à grosses gouttes sous l'effet conjugué de la chaleur et de la pression, une détonation retentit et résonna entre les murs de l'étroite rue. Samuel eut tout juste le temps de voir une sorte d'éclat percuter de plein fouet la tête de l'infortuné infecté au niveau du front. Ce dernier, qui commençait déjà à se relever sous le contrôle du parasite, chancela. Du sang coulait par son nez, et son crâne était percé d'un trou parfaitement net, comme si le malheureux avait été trépané. Comme brusquement calmé par l'impact, il fit quelques pas hésitants, vacilla, et s'écroula finalement. Samuel avait regardé la scène, hébété. Il se gifla pour reprendre ses esprits et se précipita vers David Caprini qui avait repris une apparence normale, et dont le parasite venait de se désintégrer, ne laissant qu'un tas de poussière.

Samuel essaya de percevoir sa respiration et de sentir son pouls, mais c'était déjà terminé. Il tourna vivement la tête vers l'endroit d'où était logiquement parti le projectile pour avoir atteint sa cible de cette façon. Une silhouette rouge sombre se tenait sur le toit d'un bâtiment à l'autre bout de la ruelle, un objet noir et allongé était calé entre sa main et son épaule. C'était difficile distinguer clairement cette personne au vu de la distance qui les séparait, et l'effet de chaleur sur le toit de l'immeuble où il se trouvait troublait encore plus l'image en la déformant comme un mirage. En dépit de la chaleur étouffante, Samuel sentit son corps se glacer. Cette personne était un être éthéré, tout comme lui, et il était certain que c'était elle qui venait d'abattre Caprini. L'objet qu'il tenait à la main, bien que Samuel le distinguait mal, ne pouvait être qu'un fusil à lunette. Il avait eu Samuel dans sa ligne de mire et aurait pu s'en débarrasser avec la même facilité. Fallait-il en déduire que cet inconnu était un ami parce qu'il ne l'avait pas fait ? Un envoyé du Chorus, peut-être ? Quelque chose en Samuel le poussait à rester sur ses gardes et à ne pas se laisser avoir par un raisonnement aussi simpliste. Il tourna les yeux vers le cadavre de Caprini qui gisait sur le sol poussiéreux de la ruelle, avant de les reporter sur le toit. Le tireur avait déjà disparu.
Par Kurosagi - Publié dans : Entropie : les chapitres
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Samedi 21 mars 2009
- Un tireur embusqué ? s'étonna Feï, tout en tournant la touillette dans sa tasse de café au lait.

Samuel confirma d'un hochement de tête. L'histoire lui semblait saugrenue à lui-même, maintenant qu'il était tranquillement assis à la cafétéria de la bibliothèque de Katedral. Il s'était attendu à voir des choses étranges en s'installant à la capitale, mais ça ce n'était pas bizarre, c'était surtout de très mauvais augure. On lui avait bien fait comprendre depuis qu'il était au Chorus, de façon implicite et explicite, qu'il était une cible pour des organisations telles que la Confrérie Écarlate. Bien que la raison lui échappait encore, et que tous ceux possédant des informations sur le sujet faisaient une coalition pour les lui dissimuler, il comptait bien découvrir le pourquoi du comment. Feï fronça les sourcils, tout en passant mécaniquement sa main sur ses cheveux tirés en arrière.

- Mais le type que tu surveillais est mort non ? Si des gens t'ont vu le suivre tu risques d'avoir des soucis avec la police.
- Non, c'est ça le plus bizarre. Les Nettoyeurs n'ont rien eu à faire, Caprini est mort d'une rupture d'anévrisme selon la police. Le trou dans son crâne n'était visible que sur le plan éthéré.

Feï haussa un sourcil. Cette histoire était louche du début à la fin. Samuel était rassuré que son collègue et ami partageait sa surprise, car lors du debriefing avec Keroll, ce dernier n'avait fait qu'enregistrer le rapport de Samuel en précisant sans grande conviction qu'il y aurait une enquête sur cette affaire. La Principauté n'avait pas manifesté plus de curiosité ou d'intérêt pour ce fait étrange, mais Samuel en avait pris l'habitude avec lui. Il ne pensait pas que c'était une personne mauvaise, mais Keroll devait probablement se plier à des ordres venant de plus haut.

- Si je comprends bien, c'est un fusil qui agit sur le plan éthéré. Quand on regarde les effets d'un point de vue physique, ça ressemble à une mort naturelle. Je ne sais pas si les armes du Chorus sont capables de ça, tu sais. C'est complètement diabolique, qui aurait un intérêt dans ce type d'agissement ? La Confrérie ?
- Possible. Ils ont l'air de me vouloir vivant, mais je ne pense pas qu'il s'agisse d'eux. Et puis ça fait un moment qu'ils se font discrets, ils ont peut-être laissé tomber.
- Tu ne le penses pas sérieusement ?
- Non, en effet, soupira Samuel.

Feï bâilla et s'étira, avant de tourner la tête vers la porte. Cette partie du Corridor était plutôt calme en ce moment. C'était l'été aussi à Avalon, la plupart des anges ne se sentaient pas très attirés par la bibliothèque à cette période de l'année, cette cafétéria était donc une des plus calmes de Katedral en ce moment. Samuel continuait de réfléchir pour lui-même en profitant du silence qui s'était installé. Il fallait d'abord déterminer quel genre de fusil c'était, mais il doutait que quiconque de la Section Armée lui réponde. Ou plutôt si, il y avait bien une personne qui pourrait l'aider.

- Ça te dit d'aller t'entraîner un peu ? Je vais finir par rouiller, ça fait trois semaines qu'il ne se passe rien dans mon secteur.
- Non merci, il faut que je rentre. Tara devrait arriver dans la soirée.
- Ah ...

Samuel nota un léger renfrognement de la part de son interlocuteur. Il interpréta cela comme une déception du fait de ne pas pouvoir s'amuser un peu en salle d'entraînement.

- La prochaine fois, promis.
- Tu rames toujours autant avec ton Cosmos ?
- Pas la peine de faire le malin, je n'ai pas besoin de ce genre de chose pour te plier.
- On a bien vu ça la dernière fois, rétorqua Feï avec un sourire en coin.

Samuel sourit en retour, se leva et ramassa son sac. Il adressa un signe de tête à Feï et salua la serveuse avant de quitter la pièce. Il venait à peine d'arriver à Paris et déjà les bizarreries commençaient. Mais cela était peut-être aussi un signe : les choses se remettaient à bouger, peut-être allait-il pouvoir avancer dans son enquête concernant sa naissance, et les évènements qui avaient eu lieu trois ans plus tôt. Il avait par ailleurs curieusement remarqué que certains documents avaient disparu de la bibliothèque quelques jours après son escapade au Pandemonium. Impossible de mettre la main sur un ouvrage abordant des thèmes tels que les Sephiroth, Rakuen, ou encore les Orbes d'Harmonie. Il n'avait fait des recherches sur ce dernier sujet que par pure curiosité, sans imaginer que son enquête soit reliée à cela, mais puisque certaines personnes avaient tenu à ce que les ouvrages sur le sujet soient retirés des rayons, il devait y avoir une bonne raison. A moins qu'il ne soit pas le seul à enquêter sur des sujets sensibles dans l'enceinte de Katedral ...


Paris la nuit avait un éclat à la fois magique et nostalgique. Du haut de l'appartement au dernier étage de l'immeuble, Samuel observait par la baie vitrée les lumières immobiles de la ville se refléter sur la Seine, et le ballet blanc et rouge des phares glisser silencieusement sur la rue. Quelque chose en lui s'agitait, c'était une présence qui avait fini par lui devenir familière, bien qu'il ignorait ce dont il s'agissait. Il n'appréciait pas vraiment ces moments qui lui donnaient l'impression de ne pas être le seul habitant de son corps, mais il sentait confusément que « l'autre », comme il l'appelait, ne lui voulait rien de mal. Il entendit alors le son de la clé dans la serrure, et se retourna au moment même où Tara entrait.

- Hello, je suis de retour ! Tu sais qu'on ne peut même pas se téléporter ici ? L'ascenseur ne marchait pas, j'ai dû monter tous les étages à pied ...

Elle laissa tomber son lourd sac de voyage à côté de l'entrée et s'avança pour faire la bise à Samuel. Il avait remarqué dès le premier jour que la téléportation était impossible ici et cela lui avait paru évident pour des questions de sécurité. Tara devait vraiment être dans la lune pour s'en apercevoir seulement maintenant.

- Alors, quoi de neuf depuis la dernière fois ? Il s'est passé des choses intéressantes ?

Samuel lui raconta alors sa mésaventure avec David Caprini et le parasite, sans omettre la mystérieuse apparition du sniper éthéré. Elle eut à peu de choses près la même réaction que Feï, ce qui conforta Samuel dans son idée.

- Et si tu demandais à Thémis ? Elle doit s'y connaître en fusils !
- J'y ai pensé oui.

Il pouvait demander à Thémis en effet, cela faisait un certain temps qu'il ne la voyait presque plus. Depuis l'épisode d'Halloween lors de sa première année en tant que Sentinelle, la jeune fille avait été gravement blessée, puis par la suite transférée dans une autre unité. Il ne l'avait ensuite croisée que de façon sporadique et n'avait plus eu de conversation dépassant quelques secondes depuis lors. Samuel se considérait comme responsable de ce qui lui était arrivée, et des cicatrices qu'elle en avait gardé. Il s'aperçut alors du regard quelque peu inquiet que lui lançait Tara et se reprit rapidement.

- Bon, quoi qu'il en soit tu devrais te coucher, tu dois être épuisée.
- Un peu fatiguée oui, mais tu sais, le voyage est rapide quand c'est instantané !

Approuvant d'un signe de tête, Samuel retourna à la fenêtre tandis que Tara se rendait dans la salle de bain pour se changer. La phrase anodine de Tara avait éveillé de nouveaux souvenirs nostalgiques dans les pensées de Samuel. C'était vrai, le voyage était rapide, il y avait souvent pensé. Et pourtant, au cour de l'année écoulée, Jade n'était jamais venu le voir, même brièvement. Tout juste avait-il eu un coup de fil au début, ainsi que deux ou trois carte postales. Une lettre un peu plus longue datée d'il y a trois mois déjà, et depuis plus aucune nouvelle. Finalement, Jade tout comme Thémis faisaient sans doute partie du passé. Il soupira, et après un dernier regard à la ville lumineuse, alla se coucher tout habillé.
Par Kurosagi - Publié dans : Entropie : les chapitres
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C'est quoi ?



Rakuen est une série de quatre romans où se mêlent le réel et l'imaginaire. Le premier volume, l'Orbe d'Harmonie, a été écrit entre 2005 et 2007. Ce blog est consacré au second tome, Entropie, qui prend place deux ans et demi après la fin du premier volume. Si vous avez raté le début, vous pouvez télécharger gratuitement le tome 1 au format pdf en cliquant là ou l'acheter en cliquant ici. Bonne lecture !

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